
Diane Lamarre, première pharmacienne à recevoir le Prix CIQ
Décerné annuellement, le Prix CIQ vise à souligner la carrière d’une personne dont les réalisations ont eu un impact sur le système professionnel, ont contribué au développement de sa profession et témoignent de son engagement social et de son rayonnement hors Québec.
Créé en 1990, c’est la première fois que le prix CIQ est remis à un pharmacien. Lorsqu’on demande à Diane Lamarre pourquoi cette reconnaissance arrive seulement maintenant, elle invoque le fait que le rôle et l’image du pharmacien ont changé ces dernières années. « Ce prix traduit sans doute l’apparition d’une réelle reconnaissance sociale de la profession. Grâce aux nouveaux règlements de la Loi 41, la contribution et les compétences des pharmaciens dans le continuum de soins sont plus évidentes aujourd’hui. Les nouvelles activités nous permettent de mieux répondre aux besoins des patients. Notre jugement professionnel est ainsi plus largement apprécié et reconnu », explique celle qui a été présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) de 2009 à 2014.
Protéger le rôle du système professionnel
Ce sont en effet 2 millions d’actes qui ont eu lieu depuis l’entrée en vigueur des nouvelles activités de la Loi 41. Diane Lamarre se souvient qu’elle a commencé un travail de longue haleine pour obtenir ces changements il y a fort longtemps, au cours de ses différents mandats à l’Ordre. Elle a été membre du comité conjoint Collège des médecins / Ordre des pharmaciens de 1992 à 2003 et a également siégé comme administratrice à l’Ordre pendant 16 ans.
Interrogée sur ce qu’elle croit avoir apporté au système professionnel au cours de ses différentes fonctions, Diane Lamarre évoque son profond attachement au respect de l’éthique. Dès son arrivée à la présidence à l’OPQ et durant toute la durée de son mandat, elle a instauré des réunions de 8 heures par mois durant lesquelles l’équipe de direction et des élus de l'OPQ se réunissaient pour réfléchir aux enjeux de gouvernance. « Le respect de la mission de protection du public des ordres a toujours été une grande préoccupation pour moi. À l’OPQ, ces caucus réguliers ont abouti à l’élaboration de 25 règles de gouvernance qui avaient pour objectif, entre autres, de nous protéger des dérives vers le corporatisme et de préserver la confiance du public dans notre profession ».
La pouvoir de la communication
Au cours de sa carrière, Diane Lamarre a reçu de nombreuses distinctions dont le Prix Louis-Hébert en 1984, la plus haute distinction de l’Ordre des pharmaciens du Québec. En juin 2013, elle a été choisie pharmacienne de l'année par l'Association des pharmaciens du Canada. Elle a animé des centaines de conférences et deux émissions à la SRC, une quotidienne et une hebdomadaire, en tout plus de 1000 chroniques, entre autres pour RDI et Le Journal de Montréal.
C’est en 1990 qu’elle devient propriétaire de deux officines indépendantes en Montérégie. Elle complète une maîtrise en pratique pharmaceutique en 2003. Elle est aujourd’hui professeure titulaire de clinique à la Faculté de pharmacie de l’Université de Montréal.
Le virage vers les soins pharmaceutiques
Comme enseignante, elle est particulièrement fière d’avoir participé au virage que la Faculté a pris dans les années 90 en choisissant de miser sur les soins pharmaceutiques et non sur les médicaments uniquement. « Nous sommes reconnus dans le monde car notre façon de pratiquer prend en compte l’environnement du médicament, l'atteinte des objectifs thérapeutiques pour le patient et la santé populationnelle. La partie actes cognitifs de notre profession est très importante. Elle nous permet de mesurer tous les facteurs de risque, d’assumer notre rôle préventif, de valider si un médicament est encore nécessaire trois mois après le début du traitement », explique celle qui enseigne depuis 30 ans.
L’engagement politique ici et ailleurs
Membre de Pharmaciens Sans Frontières depuis 1998, Diane Lamarre a présidé la branche canadienne de l'organisme de 2007 à 2014. À ce titre, elle a participé à de nombreuses missions humanitaires au Kosovo et en Bosnie-Herzégovine avec l'Organisation mondiale de la Santé ainsi qu'en Afrique et en Haïti. « J’ai collaboré à la réforme en santé et à l’actualisation de la pratique des pharmaciens en Bosnie après la guerre. C’est encourageant de voir que le système que nous avons mis en place à l’époque est encore en vigueur actuellement. J'ai une grande admiration pour les pharmaciens qui, dans un contexte difficile d'après-guerre, mettent le patient en priorité et reconstruisent leur système de santé ».
Elle s’est présentée comme candidate pour le Parti québécois dans la circonscription de Taillon et a gagné cette circonscription lors de l'élection générale de 2014. Durant son mandat comme députée qui s’est terminé en 2018, elle a été porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, d'accessibilité aux soins, de soutien à domicile et pour la RAMQ.
L’importance de la justice sociale
Très impliquée dans sa communauté, Diane Lamarre collabore actuellement à l’installation d’une clinique de pédiatrie sociale à Longueuil. « Toute ma vie j’ai partagé mes connaissances, avec mes patients, mes étudiants, comme conférence et chroniqueuse et avec les Québécois comme députée. C’est un peu ma raison d’être professionnelle et comme personne civique », explique la pharmacienne.
Ce qui la fait encore rêver et avancer dans ses projets actuels et futurs : « je suis très attachée au principe de justice sociale. Selon moi c’est la seule façon d’assurer le bien-être physique et moral des individus et d’assurer la paix sociale ».
Mai 2019

