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Oser sortir du cadre

Quand une formation en pharmacie devient un tremplin vers des trajectoires inattendues


Il y a des parcours qui suivent une ligne droite. Et puis il y a ceux qui se construisent au fil des rencontres, des intuitions, des prises de risques… et d’une profonde capacité à se réinventer.

Diplômé de la Faculté de pharmacie de l’Université de Montréal, Jean-Michel Lavoie incarne une trajectoire aussi atypique qu’inspirante. Nommé le 23 février 2026 président de Banque Nationale Assurances, il trace depuis plus de vingt ans un parcours singulier qui rappelle avec force qu’une formation en pharmacie peut devenir bien plus qu’un métier : un véritable tremplin loin des chemins attendus.

Car derrière le titre prestigieux se cache surtout un homme profondément curieux. Un leader qui parle davantage d’apprentissage que de réussite. Quelqu’un qui semble avancer dans la vie avec la même philosophie depuis ses débuts : écouter ce qui l’allume, même lorsque le chemin n’est pas encore complètement visible.

 « Je n’ai jamais planifié ce parcours-là. C’est une accumulation d’opportunités que j’ai choisies de saisir. »

 

Une formation… mais surtout une façon de penser
Lorsqu’il repense à ses années à la Faculté de pharmacie, il ne parle pas d’abord des médicaments ni des protocoles cliniques. Ce qu’il retient avant tout, c’est une manière de réfléchir.


Très tôt pourtant, il réalise que la pratique traditionnelle en officine ne correspond pas entièrement à ce qu’il recherche.

« Je me souviens avoir eu cette réflexion : est-ce que ma première journée comme pharmacien va ressembler à ma dernière dans 40 ans? Et pour moi, cette idée-là était inconfortable. »

Ce n’est pas un rejet de la profession, bien au contraire. Il adore ses études, et se passionne particulièrement aux enjeux populationnels, à la santé publique, à l’analyse des grandes tendances. Mais il sent rapidement qu’il a besoin d’autre chose. D’espace. De mouvement. D’inconnu.

 

Le courage d’explorer
À peine diplômé, il part un an à Montpellier pour poursuivre des études complémentaires. Puis viennent l’implication étudiante, les premières expériences en gouvernance, Pharmaciens sans frontières, des missions en Haïti et au Bénin, un MBA à McGill, l’industrie pharmaceutique chez Pfizer, puis le grand saut vers le monde de l’assurance.

Vu de l’extérieur, le parcours peut sembler atypique.

Lui y voit plutôt une continuité.

« Je me suis rendu compte que ce qui me stimule profondément, c’est d’être dans un environnement où je ne maîtrise pas tout. Quand je suis confortable à 80 %, j’ai besoin d’aller chercher le 20 % d’inconnu qui me fera grandir. »

Cette capacité à embrasser l’incertitude deviendra l’une de ses plus grandes forces de leadership.

Chez Sun Life, où il fera carrière pendant 13 ans, il contribue notamment à bâtir un département novateur réunissant pharmaciens, actuaires et experts en assurance santé. Une approche alors pionnière au Canada.

Et c’est là qu’il réalise à quel point sa formation continue de l’habiter.

« Quand j’ai commencé à travailler avec les actuaires, j’ai réalisé qu’on pensait de façon très similaire. Les pharmaciens comme les actuaires analysent des risques, des données populationnelles et prennent des décisions dans un contexte d’incertitude. »


Au fond, même loin des laboratoires et des pharmacies communautaires, la pharmacie est restée présente. Comme une boussole silencieuse.


Un leadership profondément humain
Au fil de la conversation, une chose frappe : malgré l’ampleur de son parcours, Jean-Michel Lavoie parle peu de réussite individuelle. 

Il parle surtout des équipes, des apprentissages collectifs, de confiance et d’humilité.

« Je pense qu’un bon leader doit avoir l’humilité de reconnaître ce qu’il sait… et ce qu’il ne sait pas. »

Derrière les rôles stratégiques, les responsabilités grandissantes et les grandes organisations, il reste profondément centré sur l’humain. Pour lui, les plus grandes réussites ne se mesurent pas uniquement en résultats d’affaires, mais dans la capacité à faire grandir les autres et grandir avec les autres.

Et c’est peut-être ce qui marque le plus dans son parcours, l’omniprésence de l’Humain.

 

Redonner pour ouvrir les possibles

Aujourd’hui, son engagement envers la Faculté de pharmacie prend aussi la forme d’un don philanthropique majeur visant notamment à encourager les parcours non traditionnels.

L’idée : permettre à des étudiantes et étudiants d’explorer des stages dans des milieux moins conventionnels — assurance, finance, gouvernance, stratégie, innovation — afin d’élargir leur vision des possibilités offertes par leur formation.

« Ce que j’aimerais que les étudiantes et étudiants retiennent, c’est qu’être pharmacien ne se résume pas à un seul parcours. La pharmacie peut être une destination… ou le point de départ de chemins extraordinaires. »

Cette volonté de redonner n’a rien d’anodin. À sa façon, Jean-Michel Lavoie souhaite transmettre ce qu’il a lui-même découvert au fil du temps : qu’un parcours n’a pas besoin d’être linéaire pour être cohérent. Et qu’il est parfois nécessaire d’oser sortir du cadre pour trouver sa place.

 

« Oser »
Le moins que l’on puisse dire c’est que le mot "oser" n’a rien d’abstrait pour lui. Il ressemble plutôt à une manière d’habiter sa vie professionnelle depuis le tout début.

Chez lui, l’audace ressemble à une confiance tranquille envers ce qui reste encore à découvrir. Et à travers ses choix, ses détours et ses transitions, une philosophie revient constamment : avancer sans attendre d’avoir tout maîtrisé.

« Oser, c’est prendre des risques. C’est accepter de sortir des chemins tracés. C’est se faire confiance et savoir que notre capacité d’apprendre et de s’adapter sera au rendez-vous. Et surtout… c’est avancer, même si on ne connaît pas tout. »

Son message aux étudiants qui hésitent à explorer d'autres avenues ? Il tient en quelques mots, prononcés avec la conviction tranquille de quelqu'un qui les a vécus : 

« Fais-toi confiance. Les bonnes choses vont arriver. Et ce n'est jamais perdu ni la formation, ni l'expérience. »