Une étude récemment publiée dans la revue internationale Health par la professeure Johanne Collin et ses collaborateurs Nicolas Le Dévédec et Étienne Labarge-Huot met en lumière un phénomène croissant : l'utilisation de médicaments et de substances à des fins de performance dans le secteur financier.
En analysant les échanges d'un forum en ligne fréquenté par des travailleurs de la finance, l'équipe de recherche a mis en lumière un virage sociologique majeur. L’usage « détourné » de ces médicaments, en dehors de tout usage thérapeutique, est non seulement répandu, mais largement normalisé. Stress chronique, longues heures, pression constante : les conditions de travail difficiles sont au cœur de cette dynamique.
L'étude va plus loin qu'un simple constat sur la consommation. Elle soulève une question sociale de fond : ces substances ne servent pas uniquement à performer davantage, elles permettent surtout de tolérer des environnements de travail extrêmes. En faisant de la gestion du corps une réponse individuelle à des problèmes collectifs, elles risquent de rendre invisibles, et donc acceptables, des conditions qui mériteraient d'être remises en question.
Ce projet, financé par le CRSH, illustre l'importance de la recherche interdisciplinaire à la Faculté de pharmacie. En croisant la pharmacie et la sociologie, nos chercheurs nous aident à mieux comprendre comment les médicaments façonnent nos rapports sociaux et nos cultures professionnelles modernes.